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Baignade poétique à La Piscine au gré des îles et archipels de Nelly Buret

jeudi 26.04.2012, 05:02 – La Voix du Nord

Le talent minutieux et délicat de gravure de Nelly Buret s’expose jusqu’au 22 juin au musée La Piscine et jusqu’au 28 avril au BAR à Roubaix.

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Les artistes se plaisent à venir à Roubaix. Ils se sentent accueillis, choyés, toujours impressionnés par la mise en réseau proposée afin que la culture voyage d’un espace à l’autre à la rencontre des publics. Nelly Buret, artiste angevine invitée à La Piscine et en résidence au BAR / QSP à Roubaix ainsi qu’à L’Espace du Dedans à Lille, est de ces artistes séduits et conquis. Ses gravures subtiles et ses carnets de croquis voyageurs y sont à leur aise.

PAR BRIGITTE LEMERY

blemery@lavoixdunord.fr PHOTOS « LA VOIX »

Dans les cabinets de dessin, au premier étage du grand bassin, une quinzaine de carnets de croquis sous verre, des matrices imprimées et quelques gravures encadrées. Différentes étapes de travail d’une artiste au talent minutieux. « Tout un univers composé de collages et d’assemblages » annonce La Piscine. « des objets épars qui se rejoignent poétiquement dans cette nouvelle cartographie qui nous invite au voyage, à la rêverie, à la contemplation. » Sous verre en effet, figées à jamais, des bribes de mémoire échappées de l’histoire familiale de Nelly Buret : bouts de tissus, de dentelle, fragments de courrier prélevés chez sa grand-mère, cousus, collés, mariés à la gravure comme les empreintes d’un temps révolu s’invitant au présent. « Mon médium, c’est la gravure, mais le textile lié à la gravure », explique Nelly Buret, « Le motif floral en archipel », titre de l’exposition, met en scène « des corps poétiques, spirituels, composant des îlots ». C’est une démarche poétique et singulière, expérimentale, « pas facile à appréhender » car naviguant « du singulier au multiple » et mixant différentes techniques artistiques, la gravure, l’aquatinte, le collage, le monotype… Cet assemblage délicat et touchant, émotionnel, est en effet, elle le confirme « entremêlement familial et personnel » imprimé ou gravé sur différents supports, exploration graphique entre mémoire et instant T.

En présentant ses travaux à Roubaix, cité textile, Nelly Buret fait un retour aux sources. Ancienne élève ENSAIT, elle y était « déjà intéressée par l’historicité du textile ». Formée aux beaux-arts à Amiens, à la gravure à Tourcoing avec Aurore Janon, puis embarquée dans l’enseignement à Rabat, Londres et Paris aux arts appliqués, elle aborde sereinement désormais une seconde étape de vie, plus désireuse de montrer son travail. « J’ai toujours dessiné, explique-t-elle,chez ma grand-mère qui m’a élevé, j’ai baigné dans les images des livres, les images d’Épinal, de mode. Ce terreau textile, ce rapport à la matière m’ont réalisée. » Pendant longtemps, elle a mis en sommeil des travaux déjà graphiques et puis, après un an sabbatique et un doctorat d’arts plastiques soutenu sur le thème de « l’enveloppe du corps et le déplacement de ses limites », elle a laissé libre cours à l’envie de créer sur ce thème. « L’écriture poétique et la gravure, c’est ma soupape, ma récréation, mon oxygène, » Ses premières aquatintes antérieures à 2009, visibles dans l’un des cabinets de dessins à La Piscine, n’avaient pas un rapport aussi direct qu’aujourd’hui au textile. Mais le rapport à l’eau y est aussi présent, des corps y flottent comme en apesanteur, des formes maritimes se devinent. Comme sur ses carnets de croquis, réalisés toujours en mouvement dans l’avion ou le train. Elle confie que ses carnets, sa boite d’aquarelles, des tissus, sont de tous ses voyages (Florence, Vendée, Bretagne, île de Leirins). Ce bloc-notes préliminaire sert de trame à ses futures gravures : « je vis l’art en permanence ! » avoue Nelly Buret qui présente, à La Piscine et tous les jours au BAR / QSP, « une démarche pas naturaliste mais interprétative, émotionnelle, affective, à la limite de l’abstraction. » Quinze jours en résidence, elle s’y attache à réaliser une gravure par jour sur le thème « motif floral en archipel ». Chaque jour, elle crée son île florale et textile et l’accroche aux cimaises du BAR. Objectif : « Créer un autre langage, trouver un nouveau souffle créatif, parce qu’on s’oublie un petit peu dans l’enseignement. Le prétexte du motif floral me permet de me réalimenter. » •

 

Résidence et expositions de Nelly Buret à la Maison Louis Guilloux, à l’Askoria  à l’Espe, au bar associatif « Histoires de »  (initiateur et organisateur pour la résidence et les 4 expositions : Michel Guyomard, chargé de l’action culturelle de la Maison Guilloux) –  Saint Brieuc – du 10 avril au 9 mai 2014 – 

Lors du vernissage d’un des 4 lieux d’exposition, Hélène Recoursé  (présidente du Groupe d’Education Nouvelle) dira : « Nelly Buret, glaneuse des greniers, des grands et des petits chemins, des tiroirs, des cahiers, des bords de plage, mais aussi pourvoyeuse de rêves. Des morceaux de tissus ou de dentelles, des bouts de papiers avec des mots ou des chiffres, du fil, tout ce matériau simple et reconnaissable par tous se mêle à quelque chose de plus surprenant,  de plus déroutant : des tâches de couleurs, des compositions géométriques. Est-ce la tension entre ce matériau très concret et les formes non figuratives qui provoque notre curiosité ? Les œuvres exposées ne représentent pas quelque chose que l’on pourrait nommer sans hésitation. Elles nous invitent d’autant plus à la contemplation, à notre voyage intérieur. Les couleurs, les formes, courbes, droites ou brisées, les chiffres comme pour la latitude et la longitude, nous aident à prendre le large vers des îles lointaines ou vers nos îles bretonnes, nous permettent de nous exiler en nos îles intérieures. Devant tes œuvres, Nelly, on s’arrête, on prend son temps. Je sais maintenant où vont certaines images. Dans un coin de notre tête pour nos moments de défaite ou de bonheur, dans nos rêves, dans nos silences, sous les cils de nos paupières fermées. »Durant la résidence, les tirages de gravures se sont faits sur les presses (de grande qualité) de l’Ecole des beaux-arts de St Brieuc .

 

Angers,  2014

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Trace[s]

La trace est cicatrice, impression, indice, ombre, réminiscence, repère, reste, sillage, stigmate, vestige. 

La résidence dans l’atelier musée du tissage à Uzel (du 17 avril au 2 mai 2015) m’a permis de vivre au plus prés de l’image du métier Jacquard (ce métier à tisser a accompagné ma formation initiale dans le textile à Roubaix), de dessiner les plantes tinctoriales du jardin des teintures dans des carnets, de travailler avec fragments tissés, étiquettes, cartes de visite, bobines de fil des réserves Léauté et Planeix.

Uzel – juin /octobre 2015

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Angers 2016

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