éphéméride

Les éphémérides se donnent à lire, parfois à regarder.

++++ « Réfléchir sur le contemporain, travailler à une philosophie du présent, de l’actuel en recouvrant aux grands auteurs qui nous aident à mieux voir » (Myriam Revault d’Alonnes) avec la volonté d’éclairer, de transmettre, de témoigner des expériences, des appréhensions de ce qui se vit et nous entoure. Cela se fait et se fera, en toute modestie, après film, voyage, lecture d’un livre, exposition, rencontre.

++++ 2012 + Août + Florence + lecture de Bains de soleil de Paul Morand + en exergue, un fragment de Sophia de Mello Breyner

« Le soleil au ras de la mer te réveillera dans
le bleu intense
Tu monteras lentement comme les ressuscités
Tu auras retrouvé ton sceau, ta sagesse initiale
Tu émergeras confirmée et rassemblée
Etonnée et jeune comme les statues archaïques
Avec les gestes encore enroulés dans les plis de ta robe. »


++++ 2012 + Août +  Madère 

L’appartement domine Funchal.  Il est  funambule des couleurs de l’horizon, dans le jour liquide.

– Pointe de Sao Lourenço (citadelles volcaniques creuses et comme posées sur l’Océan bleu incandescent)

– Cathédrale de Sè (chœur en dorure éclatante)

– Eglise St Jean l’Evangéliste (azulejos bleus et recueillement très doux)

– Camara de Lobos (village de pêcheur et terre alentour cuivrée)

– Quinta das Cruzes (fougères arborescentes, ruissellement de la fontaine, alignement sous la serre d’orchidées ronds et gras)

– Monastère Santa Clara (2 dames gardent jalousement le lieu endormi)

– Frederico de Freitas (demeure singulière, aimable, douce et jardin fleuri)

– Jardin tropical de Monte (braises des fougères et des cactus, exhalaison des orchidées fanés, bégonias avançant vers le soleil à 3 mètres de hauteur)

– Route vers Ribeiro Frio (entre les montagnes grises où poudroient les agapanthes bleues et blanches et la mer proche, une forêt de pin a brûlé ; une farine de clarté torride et cendrée baigne la route ; nous avons marché 4 kms dans la forêt pour rejoindre Balcoes et sa vue prodigieuse sur les falaises ambrées et verdoyantes)

– Porto da Cruz (petite plage de sable noir épais)

– Eira do Serrado (la terre craquelle la canicule et le feu des 2 semaines passées ; elle s’est vêtue d’ocre et de noir

L’hôtel Pousada da Vinhatos est dans un virage et le virage prolonge les montagnes encerclant le regard et rabattant la faille triangulaire.

– Levada des 25 fontaines (cascades dévorant dans sa chute fougères, hêtres, eucalyptus)

– Grottes volcaniques de Sao Vicente (l’irruption rapide, brûlante fossoya de longs tunnels dont les aspérités noires gardent prisonnières la ferveur des entrailles maritimes ; à la lumière des spots, dans la moiteur des murs, de minuscules fougères naissent discrètes, amies, consolatrices)

– Promontoire du jardin de l’hôtel (un pin parasol gigantesque abrite du soleil et des odeurs de cendre ; elle sert d’escale au dénuement du dessin ; la montagne enfante des merveilles de silence sonore)

J’ai admiré agapanthe, bougainvillée, palmier en éventail, lis du cap, arbre de corail, hibiscus, oiseau de paradis, héliconia pendente.

J’ai aimé le goût de l’espada à la pulpe du fruit de la passion et le pimpinela, un légume vert à la peau granuleuse mi-kiwi mi-courgette.

J’ai profité du calme pour poser ce qui avait été trop agité durant ces derniers mois.

      

Charles Juliet : «  Pour peindre un paysage, il ne suffit pas de l’observer et de le reproduire sur une toile, il faut encore, il faut surtout le ressentir, l’éprouver dans toutes ses composantes : volumes, formes, couleurs, aspects, substances….Mais l’éprouver c’est d’abord l’accueillir en soi, lui offrir un espace intérieur non encombré et assez vaste où il pourra se loger ».

  

++++ 2013 + février + colloque Olivier Messiaen au couvent de La Tourette (Le Corbusier)

La musique nous cherche dans notre suggestivité.

« Les couleurs de la cité céleste » jouées en 1988 par Boulez racontent le rythme dilaté, suspendu, stylisé, sans pesanteur, avec poésie , dans le bruissement des herbes et des pulsations…..triade de sensorialités fulgurantes…..hors du temps…..

    

++++ 2013 + juin + Berlin

    

++++ 2013 + juillet + presqu’île de Crozon

S’immerger dans la coulée des éléments

   

Vivre en rouge et noir ( rouge peut-être ou flou / silence du clair qui bouge / (reviens) le noir / (reviens) le vide / mais toujours le rouge encore le rouge / l’obscur se fait étroit comme un frisson dans un sillon vacillant / membrane de dentelles / énigme florale / tendresse des flux et reflux / rouge / noir / muqueuse piquée d’étoiles lactées / je vois l’ombre rosie / j’oublie l’éclat noirci / les difficultés sont des rêves en couleur / nous finissons par trouver le rouge et le noir / le ciel et la terre) /  

   

++++ 2013 + octobre + Budapest

La ville est ambivalente : imparfaite, inachevée, fragile, effacée, blessée, délabrée, fatiguée mais aussi ostentatoire, luxueuse, monumentale, délicate, harmonieuse. Elle est ville-fatras éclectique attachante et ensorcelante dans sa complexité et ses assemblages.

++++ 2014 + janvier + Noirmoutier

C’EST COMME RETOURNER LE SABLIER, piétiner d’impatience,  regarder la vase grise et collante et craindre la mer noire et clapotante. C’est comme passer de l’autre côté du passage du Gois et considérer que l’eau monte lentement alors qu’elle va si vite sur la moquette de goudron pré-fabriquée. Dessus les familles bottées d’Aigle perpétuent la collecte des glaneurs de coquillages. C’est l’herbe dans la bouche, le vent dans le nez, les algues rouges dans les yeux. C’est  le restaurant du « Vélo noir », daurade braisée (sa chair est blanche, maigre, fine et savoureuse) disposée sur une tranche de céleri croquant, le lendemain brochette de lotte (sa chair est blanche et ferme) et de merguez, mélange inédit et succulent. En dessert une menthe gourmande (gâteau de pomme de terre, riz au lait, chocolat concassé et lié à des spéculos). C’est entrevoir un potage de potimarron servi avec une quenelle de chèvre. C’est du divin et c’est comme l’enfance. C’est dans l’après-midi l’« anse rouge » dans le bois de la Chaize. On y accède à pieds par le bois de chênes verts ou par l’allée des soupirs. La plage est en arc de cercle bordée de rochers fendillés. Dans le creux des petits cabanons blancs juchés sur pilotis en béton. La mer  est présente sans vis à vis. Le sable est blond et fin. A quelques mètres, la tour Plantier surplombe. Elle est une maison en forme de phare et date du 19ème siècle. C’est du sourire et c’est comme un rêve. Noirmoutier c’est comme le soleil venu très vite sur ses plages. C’est trouver l’énergie du tour de plage et étirer la plage, encore, comme un désir s’agrandit. C’est comme retourner le sablier, l’autre sens, et trouver que le sable va lentement, décidément trop lentement.

            

++++ 2014 + août + Rodez – musée Soulages

L’architecture en acier Corten de couleur rouille imprime un espace quasi intériorisé. Le groupe RCR a souhaité que puisse se vivre une relation poétique aux ténèbres, aux profondeurs du lieu et des œuvres de Soulages. Saisissant! L’acier à l’intérieur est brut, vernis, sablé, laqué. Parfois le noir des murs vit et vibre alors que le blanc s’immobilise et se cristallise.

  

++++ 2014 + octobre + Barcelone

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++++2015 + Juillet + résidence dans la maison sur pilotis-Bazouges sous Hédé + lecture des profondeurs de « la musique des pierres » de Nicolas Idier (la vie de Liu Dan peintre des pierres intérieures, celles qu’on ne peut ni saisir ni briser.)

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++++2015 + Août + Cézalier + lecture engagée de « l’art de la joie » de Sapienza Goliarda

Accueillir, retrouver le pays de son enfance

En Cézalier se délivrent des sentiments de liberté et de fragilité. Les cumulo nimbus en forme de chou-fleur annoncent les orages fréquents. La hêtraie s’accroche aux ubacs (versants froids) tandis que la lande (similaire à celle de Mongolie) couvre les adrets (versants ensoleillés). Le gîte se niche dans les estives des Hautes Couzes à 1500 mètres d’altitude. La Couze d’Ardes en se jetant dans l’Allier est rattachée au bassin de la Loire.

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++++2015 + Octobre + Venise + lecture bouleversante de « On s’est déjà vu quelques part de Nuala O’ Faolain + exposition internationale d’art  et quelques pépites

Venise caressée caressante /Entre soies et haillons. Venise nourrie nourrissante/Entre archives et oublis.

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++++2015 + Novembre + parution livre DMC + dialogue avec journaliste, photographe, graphiste.
Le résultat… ce livre évoquant quelques uns de mes travaux en lien avec le fil, la couture.

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++++2016 + décembre + Ile d’Yeu 

Des lectures, une lecture celle d’un livre … « être vivant, méditer, créer » de Philippe Filliot et une citation …  « Je crois qu’il est possible de créer, sans même écrire un mot ni peindre un tableau, simplement en façonnant sa vie intérieure. Cela aussi c’est une œuvre. » Etty Hillesum.

Brume, froideur, rudesse d’une île en ce mois de décembre mais aventure absolue d’un cheminement spirituel vers la présence à soi, aux autres, au flux contemplatif.

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++++2017 + août + Cézalier

La maison a un goût de rosée agitée par la main amie de Véronique.

Tendresse des herbes / Conversation du ciel / Glanage des hirondelles / Matins sfumato / Montagne murmurante

Lecture de « l’esquisse d’un rêve » de Kristin Marja Baldursdottir, auteur islandaise (fraternité, liberté, explosion silencieuse), écriture, marche contemplative.

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